top of page
  • Facebook
  • Twitter
  • Instagram
Rechercher

Pierre💔

  • valeriehochstrasse1
  • 2 janv. 2025
  • 3 min de lecture


100 fois j’ai regardé ma page blanche mon Pierrot. J’ai formulé des bouts de phrases dans ma tête mais rien ne me semblait avoir de sens.

Tu n’es plus là. Je l’écris, je le dis à voix haute mais je ne peux toujours pas m’y faire.

Tant de souvenirs remontent.

Ceux de l’ancien Pierrot avec toutes ses ceintures érigées en armure, ce Pierre qui effrayaient certains mais qui avait surtout tellement peur du monde qui l’entourait.

Je te revois avec tes santiags et ton perfecto, debout, bras croisé sur la plage, à côté des autres en maillot de bain.

Je me souviens des soirées que tu organisais. On était tous à tes ordres à tresser des dizaines de guirlandes de papier crépon. Puis, tu mettais ton smoking avant de t’installer derrière les platines pour devenir DJ le temps d’une fête. Soudain, ton œil frisait. Tu avais choisi ce disque en particulier. Tu me regardais en riant. Mike Brant se mettait à chanter « laisse-moi t’aimer » et nous dansions.

Je me souviens des années de galère, où nous avons batailler ensemble pour que tu puisses offrir à tes parents une sépulture décente. Tu ne voulais pas qu’ils restent séparés, « enterrés comme des chiens » comme tu disais. Tu aurais eu, pourtant, toutes les raisons de leur en vouloir…

Je me souviens de nos conversations tard le soir, durant des heures…

J’aurais tant de choses à dire mais, au fond, ça n’appartient qu’à nous.

Tu m’appelais toujours « ma sorcière », je fronçais les sourcils en te répondant que si j’étais vraiment une sorcière… Je n’avais pas besoin de terminer. Tu éclatais de rire en disant « Un crapaud ? C’est ça, hein ? Tu me ferais crapaud ! »

Un jour, je t’ai quitté pour le FAM. Toi, tu t’es installé au Foyer de vie. Avec le temps, l’équipe du service habitat a pensé que tu avais besoin d’un établissement mieux adapté à tes besoins. On t’a proposé de visiter d’autres structures mais tu n’as pas voulu. Tu as simplement dit que tu voulais aller vivre « chez Valérie ». Tu es le seul à être venu au FAM directement avec tes valises sans jamais y avoir mis les pieds avant. Et on l’a accepté parce que c’était toi, parce qu’on savait que jamais tu ne rentrerais dans un moule et que c’était à nous de nous adapter à ta façon de voir le monde.

Que ce soit dans les cliniques où tu t’étais fait opérer ou bien plus tard, dans le service de réanimation où tu es resté 6 mois, tu as toujours été le « chouchou » des infirmières et des aides-soignantes. D’ailleurs, à Mondor, quand les médecins ont voulu arrêter les soins, ils ont eu à faire à une armée d’aides-soignantes en colère qui ont su les convaincre qu’il ne fallait pas te laisser tomber. Il y a deux ans déjà. Tout le monde te croyait mourant mais tu as décidé de vivre.

Tu nous as fait ce cadeau. Deux années supplémentaires à tes côtés. J’ai du mal à parler de ta vie au FAM. Le Pierre qui hurlait et insultait avait laissé la place à la douceur de vivre. Je te revois, minutieux, en train de peindre, colorier, repasser méticuleusement une ligne de pyrogravure… Je t’entends répondre « Dormir ! »  « J’ai pas faim ma grande » ou encore « j’ai rien à dire ». Pourtant, tu aimais aller visiter des musées, tu t’intéressais à tout. Tu aimais les biquettes de la ferme pédagogique ou simplement écouter de la musique. Une fois à table, tu retrouvais facilement l’appétit. Et, pour peu que « la petite jeune » soit à tes côtés, tu aurais accepté d’aller au bout du monde.

Au FAM, avec toi, le temps aurait pu s’écouler comme cela indéfiniment.

Le 20 décembre, en fin de matinée, tu étais au salon avec Sylvia. Je t’ai dit que je partais une semaine en vacances. Tu as répondu « Bah pourquoi ? » comme à ton habitude. Je me suis assise un moment avec toi, nous avons parlé de mon fils que tu avais vu naître. J’ai vu ta lèvre trembler. Quelque chose n’était pas comme d’habitude. Quelque chose m’inquiétait sans que je puisse dire ce que c’était avec certitude. Tu m’as simplement dit que tu voulais dormir. Je t’ai laissé.

Cette fois, il n’y a pas eu de miracle de Noël. Hospitalisé dans la soirée, tu as décidé le lendemain de t’endormir pour toujours.

50 ans d’AFASER, 26 ans de ma vie. Tu n’es plus là Pierrot. Quelle est lourde cette page qui se tourne !

Tu n’es plus là et pourtant je sens ta présence. J’entends ta voix qui demande « T’es ma sorcière ? ». Oui, Pierre, je suis ta sorcière, pour toujours.














 
 
 

1 commentaire


Isabelle Blateau
22 nov. 2025

En lisant ce texte tellement rempli d’émotion, j’ai immédiatement pensé à quel point les souvenirs peuvent rester vivants, tout comme ces petits objets du quotidien qu’on trouve parfois sur https://www.bidonmalin.fr/ et qui nous rappellent que la vie est faite de détails, de gestes, de présences. Le récit de Valérie est bouleversant, parce qu’il parle d’un lien profond, d’une histoire longue, de moments parfois durs mais toujours vrais. On sent tout l’amour, la patience, l’humour et la tendresse qui ont traversé ces années partagées avec Pierre.

Ce qui touche particulièrement, c’est cette manière d’évoquer les transformations de Pierre, ses colères d’hier, sa douceur retrouvée, ses passions simples, ses faiblesses, ses forces… et surtout cette confiance qu’il avait en elle. Et même si…

J'aime
bottom of page